« Blue Sky, Rising Waters, Our Childhood Memories »
Installation pour le prix Dior, château de la Colle Noire, Montauroux
Moulages de bacs à coquillages, chaux et sable, pierres de sel, 87x 87 x 30 cm, 2025       Credit: Tassiana Aït-Tahar




« Dans ma proposition pour le jardin de La Colle Noire, je m’inspire profondément de la relation de Christian Dior avec son souvenir d’enfance. Que ce soit au travers d’éléments biographiques, de récits mythologiques, ou de codes empruntés à la culture populaire avec laquelle j’ai pu grandir, je tente de nous emmener sur une réflexion de récits fragmentés et rhizomatiques. Soulignant ainsi la manière dont ces points de rencontre, mais également de ruptures, peuvent reconstruire nos rapports au monde.»
Mehdi Görbüz


Parfois disposés en amas ou bien seuls sur les restanques, les moulages en forme d’immenses coquillages de Mehdi Görbüz sont pensés pour ponctuer l’espace du jardin de La Colle Noire comme autant d’éléments organiques et poétiques organisés en un récit éclaté. Réalisées sur le modèle des anciennes piscines plastiques pour enfants, ces grandes coquilles Saint-Jacques aux allures botticelliennes dialoguent avec le jardin de Christian Dior, envisagé ici comme un lieu de mémoire inspirant, « comme un souvenir qui se fossilise, se cristallise. Ce sont des artefacts chargés de mémoire, des témoins muets d’une époque révolue, mais toujours vivante dans notre imaginaire. »

Dans ce décor naturel, ses coquillages se font réminiscences essentielles évoquant tout à la fois le souvenir d’enfance de l’artiste comme la mémoire d’une mer millénaire qui aurait laissé là son empreinte sur les hauteurs de Montauroux. Originellement légères et ludiques, les coquilles ont été transformées en pièces denses et lourdes, mais cependant éphémères car destinées à lentement se désagréger jusqu’à se fondre avec les années dans l’environnement. Réalisées en chaux issue de la cuisson de roches calcaires à haute température, la composition de ces sculptures fait écho au sous-sol calcaire du terrain alors que d’autres, élaborées pour quelques unes en pierre de sel, ont été conçues pour fournir un apport minéral bénéfique au troupeau de moutons qui assure l’éco-pâturage des lieux.

Mehdi Görbüz commente une œuvre traversée de matières organiques comme de récits : « ces relations entre le calcaire, la matérialité des coquillages ainsi que le lien historique et poétique fait entre la fossilisation et la mer qui s’est retirée, laissent des bribes de souvenirs et traversent le projet. »

Caroline Bernard